Ты приедешь - а снега не будет.
Снега не было этой зимой.
Землю голую сумерки студят,
Город, кажется, еле живой.
Видишь - кружится под облаками
Тоже облако, только темней?
Это лес окружен светляками
Негасимых дорожных огней.
В переходе, нахохлившись, птицы
Снова ждут привокзальный рассвет...
Приезжай! Нашим улицам снится
Твой далекий, простой силуэт.
Обними город мой - и капелью
Отзовется в прозрачном лесу,
И тогда, если хочешь, метель я
На ладони тебе принесу.
А потом загляни в Подмосковье,
Посмотреть - как же там, за кормой?
Ведь любовь, понимаешь, любовью,
Снега не было этой зимой.

Paroles: Allain Leprest. Musique: Richard Galliano
C'est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l'bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l'autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.
C'est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l'heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur
C'est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d'allumette
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l'horizon
C'est peut-être Van Gogh le p'tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l'épicerie d'ses vieux
C'est peut-être Cerdan le môme devant l'école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige
C'est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu'a volé au Prisu un gros oeuf et un boeuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon dieu qui naît, cent millions font cortège
Paroles: Allain Leprest. Musique: Romain Didier
Le temps de finir la bouteille
J'aurai rallumé un soleil
J'aurai réchauffé une étoile
J'aurai reprisé une voile
J'aurai arraché des bras maigres
De leurs destins mille enfants nègres
En moins de deux, j'aurai repeint
En bleu le coeur de la putain
J'aurai renfanté mes parents
J'aurai peint l'avenir moins grand
Et fait la vieillesse moins vieille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
J'aurai touché la double paye
J'aurai ach'té un cerf-volant
Pour mieux t'envoler, mon enfant
Un lit doux et un abat-jour
Pour mieux l'éteindre mon amour
Dans une heure, un litre environ
J'aurai des lauriers sur le front
Je s'rai champion, j'aurai cassé
La grande gueule du passé
Ca s'ra enfin demain la veille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la boutanche
Et vendredi sera dimanche
J'aurai planté des îles neuves
Sur les vagues de la mère veuve
J'aurai dilué la lumière
Dans la perfusion de grand-mère
J'aurai agrandi la maison
Pour y loger tes illusions
J'aurai trouvé du pain qui rime
Avec des pièces d'un centime
Rire et pleurer, ce s'ra pareil
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
Et chiche que la poule essaye
De voler plus haut qu'un gerfeau
Chiche que le vrai devient le faux
Que j'abolis le noir, le blanc,
La prochaine guerre et celle d'avant
Les adjudants de syndicats
La soutane des avocats
Les carnets bleus du tout-Paris
Le dernier-né du dernier cri
La force, le sang et l'oseille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de tuer la bouteille
[Le temps de finir la bouteille
Je t'aurai recollé l'oreille
Van Gogh et tué le corbeau
Qui se perche sur ton pinceau
Encore un pleur, encore un verre
La rue marchera de travers
Le vent poussera mon voilier
Je serai près de vous à lier
Tout au bout de la ville morte
Des loups m'attendront à la porte
J'voudrais qu'mes couplets les effrayent
Le temps de tuer la bouteille]
Paroles: Allain Leprest. Musique: Michel Précastelli
Connais-tu l'herbe amère, le liseron, la plante
Toute noire et très belle enroulée dans la gorge ?
Ô que quelqu'un la dise, ô que quelqu'un la chante
Seulement sur le bruit d'un coeur et d'une horloge
Et le train de Dunkerque au loin sur son refrain
Le chagrin
Cet animal familier, ce chien que tu traînes
Dans les couloirs et les vieux escaliers du corps
Il est un peu méchant, pas très beau mais tu l'aimes
Il tire vers les ponts, le soir, quand tu le sors
Et tu as beau être son maître, tu le crains
Le chagrin
Son couteau à douleur et sa gouge artisane
A sculpter des oiseaux de bois sur les potences
Des épines aux lilas, des pétales aux larmes
Et tout le désespoir qu'il faut à l'espérance
C'est le meilleur de toi qui brille dans l'écrin
Du chagrin
Un jour il t'offrira son collier de morsures
Un jour, demain, ta main prendra dans la corbeille
Emplie de raisins ronds une grappe un peu sûre
Il a de belles vignes, il soigne bien ses treilles
Il a le temps pour lui, il presse grain par grain
Le chagrin
Laisse-le libérer ses sources sous tes cils
Son fleuve qui n'a que tes paupières pour grèves
Cet océan profond sans bateau et sans île
Qui met son grain de sel sur les phrases des lèvres
Tu peux lâcher la corde, il a le pied marin,
Le chagrin
A se sentir lavé, presque beau, transparent
Aux bras des vieux matins édentés de la ville
A appeler encore son règne de tyran
Ses carrefours muets, ses grands théâtres vides
Le vent chargé de clous, de soleils souterrains
Du chagrin
Ami, pardon, c'est à ton rire que j'accroche
Son manteau qui me tient bien froid quand il fait froid
Une enveloppe bleue déchirée dans la poche
Eteignez en sortant, et ne me plaignez pas,
Plaignez plutôt celui que n'a jamais étreint
Le chagrin
Le chagrin
Paroles: Allain Leprest. Musique: Nathalie Miravette 2005
Sans t'avouer que je me manque
Donne-moi de mes nouvelles
Dis-moi dans quel port se planque
La barque de ma cervelle.
Me crois-je encore guitariste ?
Comment vis-je, comment vais-je ?
Ai-je toujours le front triste
D'un professeur de solfège ?
As-tu rendu au voisin
La page du Télérama
Dont il avait tant besoin
'cause du Dalaï Lama ?
Vis-tu encore avec moi ?
How am I ? I'm not so well
De ma santé je m'en fous
C'est surtout de mes nouvelles
Près de toi dont je suis fou
Ma chienne Lou est-elle morte ?
Ai-je arrêté de fumer ?
Combien de rosiers avortent
Avant d'avoir parfumé ?
Est-ce que mon ombre chinoise
A l'angle du cinéma
A enfin payé l'ardoise
Du restaurateur chinois ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Donne-moi de mes nouvelles
Et ma singlette à carreaux
Fait-elle toujours des merveilles
Au championnat de tarot ?
Connaît-on encore Leprest ?
Fait-il encore des chansons ?
Les mots vont, les écrits restent
Souvent sous les paillassons
C'est quelle heure de quelle semaine ?
C'est quelle saison de quel mois ?
Longes-tu toujours la Seine
Au bras de mon frère siamois ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Donne-moi de mes nouvelles
File-moi le boléro
Du téléphone à Ravel
Et de mon dernier bistrot
Comment vais-je ? Comment boitent
Mes pauvres pieds d'haricots ?
Et suis-je encore mis en boîte
Avec mon drapeau coco ?
On s'est promis tant de plages
Au bord des panoramas
Es-tu encore du voyage
Avant mon prochain coma ?
Vis-tu toujours avec moi ?
Viens-tu toujours avec moi ?