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Sexe, genre, orientation sexuelle
Par Alexandra Augst-Merelle et Cornelia Schneider

Depuis la nuit des temps, les humains ont tendance à considérer que l'identité sexuée (le genre) d'une personne est basée sur un critère anatomique bien défini : "c'est un garçon" ou "c'est une fille", c'est la réponse en apparence évidente, sans alternative possible. Pour beaucoup de gens (mais pas pour tous, justement), ce critère fonctionne, et la société humaine définit par conséquent des rôles sociaux qui vont avec ce critère : si tu as un pénis, tu es un garçon, donc tu es censé être attiré par les filles et te comporter comme un homme, et si tu as un vagin, tu es une fille, donc tu es censée être attirée par les garçons et te comporter comme une femme. Les comportements qui vont avec ces rôles définis par la société se manifestent extérieurement par des signes visibles : p.ex. la tenue vestimentaire, les jeux auxquels sont censés jouer les enfants ('jeux de filles' ou 'jeux de garçons'), les intérêts qu'ils sont censés avoir ("les garçons jouent aux foot et s'intéressent aux voitures", "les filles jouent à la poupée et s'intéressent à la couture", etc.). Et idéalement, tout le monde vit heureux avec cet état des choses.



bien encore des personnes qui ressentent que leur identité ne coïncide pas avec celle que leur corps laisse supposer (et que la société tente en général de leur imposer), bref des gens dont l'identité sexuée dévie clairement de l'idéal théorique. Avec ces personnes-là, la société humaine a toujours eu un certain mal, car comment les définir (en supposant qu'on soit obligé de les définir, ce qui est l'avis habituel de toute société humaine) ? Au fil des siècles, on a souvent exclu, maltraité, assassiné ces personnes, on les a très rarement laissées vivre leur vie comme elles l'entendaient, et encore plus rarement les a-t-on acceptées ou intégrées dans la société. La moindre des choses qui arrive d'habitude à ces personnes est leur exclusion (ouverte ou cachée) de la société humaine, la pire est la violence, qui peut revêtir beaucoup de formes différentes : si d'autres époques les ont brûlées vives sur un bûcher, notre époque arrive au même résultat p.ex. par l'abus de la psychiatrie (internement, traitements par lobotomie, électrochocs et médicaments destructifs, entre autres, sont des procédés qui datent tout juste de quelques décennies dans nos contrées et qui sont toujours monnaie courante dans certains pays). On a souvent déployé des trésors d'imagination afin de se débarrasser des ces personnes 'gênantes', la première mesure étant habituellement de les déclarer 'folles' et de vouloir les 'guérir' de force.
Evidemment, ces méthodes échouent forcément : on ne change pas, sans la détruire, la nature profonde d'une personne, son identité, son âme. Forte (ou plutôt : affaiblie) de ce constat, la science moderne a commencé à s'intéresser de plus près au phénomène, dans une tentative de le comprendre (enfin !). Le résultat acquis à ce jour en est le découpage de l'identité sexuée de la personne en trois composantes : le sexe, le genre, et l'orientation sexuelle. Bien entendu, il ne s'agit là que de béquilles au secours des scientifiques, la nature humaine est bien plus complexe que cela. Mais ces concepts, aussi relatifs soient-ils, aident néanmoins à la compréhension de ce qui fait l'identité d'une personne :

Le sexe ('sex' en anglais)
L'identité sexuée physique de la personne. 'Mâle' si notre corps possède des testicules, un pénis nettement plus grand qu'un clitoris, un squelette de type masculin, plus de testostérone que d'estrogènes et les chromosomes XY. 'Femelle' si notre corps possède des ovaires, un clitoris nettement plus petit qu'un pénis, un squelette de type féminin, plus d'estrogènes que de testostérone et des chromosomes XX. Les exceptions à la règle existent, on parle alors d'intersexuation (ou, de façon erronée, d'intersexualité; erronée dans la mesure où il ne s'agit pas de sexualité, c'est-à-dire de comportement sexuel). Les possibilités d'intersexuation sont d'ailleurs très nombreuses (rien que dans le domaine des variations génétiques, on en compte plus de 400), et plus fréquentes qu'on ne le croit. Beaucoup de personnes ne savent même pas qu'elles sont intersexuées, dont un nombre de personnes qui se considèrent intuitivement comme transgenre. Une caractéristique importante de l'intersexuation est qu'elle peut être prouvée sans le moindre doute, car elle a des causes et symptômes biologiques vérifiables, ce qui n'est pas le cas de la transidentité, du moins à ce jour.

Le genre ('gender' en anglais)
L'identité sexuée psychique. La notion de genre est artificielle, comme toutes les notions scientifiques en cette matière, mais elle permet de décrire approximativement cette 'différence' perçue par beaucoup de personnes entre leur identité physique et l'identité qu'elles ressentent. Récemment, la communauté scientifique a convenu de distinguer les personnes 'cisgenre' (celles dont l'identité physique et l'identité psychique coïncident) et les personnes transgenre (celles dont l'identité physique et l'identité psychique ne coïncident pas, et, en général, s'opposent).

L'orientation sexuelle ('sexual orientation' en anglais)
L'orientation de l'attirance sexuelle que l'on peut ressentir : 'hétérosexuelle' lorsqu'on est attiré/e par des personnes du sexe 'opposé' (bien que nous pensions que les sexes se complètent au lieu de s'opposer, mais ceci est un autre débat) au sien, ou du moins par un sexe différent du sien, 'homosexuelle' lorsqu'on est attiré/e par des personnes du même sexe que le sien (ou du moins par un sexe proche du sien; car il existe plus de deux sexes).

L'essentiel est en tout cas de comprendre que sexe, genre et orientation sexuelle ne sont pas forcément liés entre eux et peuvent fortement diverger : on peut être cisgenre et hétérosexuel/le, cisgenre et homosexuel/le, transgenre et hétérosexuel/le, transgenre et homosexuel/le, et dans tous ces cas-là, le sens qu'on donne à ces termes dépend plus de la façon dont on se perçoit soi-même que de critères scientifiquement vérifiables. Comment qualifier p.ex. une personne transgenre de sexe mâle, de genre féminin, et sexuellement attirée par les femmes ? Son corps est mâle : est-elle donc un homme hétérosexuel ? Elle vous dira qu'elle ne se considère pas homme, car elle se sent femme, et que son genre est donc féminin. Est-elle donc une femme homosexuelle ? C'est ce qu'elle vous dira probablement, mais une femme homosexuelle cisgenre pourrait ne pas la considérer comme femme parce que son corps est mâle. On voit que les critères d'identité sexuelle que nous avons tendance à considérer comme 'évidents' sont tout sauf cela.
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